XIIe et XIIIe siècles : La naissance du roman

Publié le par 1rel-bac2011

La naissance du roman

 

C’est au début du XIIIe siècle qu’apparaît le premier roman en prose, mettant en scène les aventures de Lancelot du Lac. Amour, aventures, rebondissements, le genre romanesque peut désormais se développer, jusqu’à s’imposer au XIXe siècle comme le genre de la littérature française.

 

Chronologie de la naissance du roman

VIIIe siècle : les évêques, réunis au concile de Tours, demandent aux prêtres de prononcer leurs sermons dans la langue du peuple, la langue romane, plutôt qu’en latin

14 février 842 : rédaction en langue romane du Serment de Strasbourg entre Charles le Chauve et Louis le Germanique, petit-fils de Charlemagne

1040 : le poème de la Vie de saint Alexis, considéré comme la première œuvre littéraire française, est rédigé en langue romane

1155 : Robert Wace écrit en vers le Roman de Brut, d’inspiration celtique, qui met en scène la cour du roi Arthur

1179 : Chrétien de Troyes écrit, en octosyllabes, Lancelot ou le Chevalier à la charrette

1220-1230 : rédaction du cycle de Lancelot, premier grand roman écrit en prose, qui comporte plus de trois mille pages

 

Ecrire en latin ou en français ?

Tout au long du Moyen-Age, le latin est la langue de l’Eglise et des clercs. Cependant, parallèlement au latin, une nouvelle langue s’impose. C’est ainsi que le premier texte connu écrit en roman apparaît au IXe siècle. En effet, le Serment de Strasbourg, qui scelle une alliance entre les petits-fils de Charlemagne, n’est pas rédigé en latin (lingua latina), mais dans la langue vulgaire des pays du Nord, issue du latin parlé par les soldats et les commerçants romains : la lingua romana. Désormais, des sermons, des actes officiels, des chansons de geste, des vies de saints seront écrits en roman pour leur permettre d’être compris du plus grand nombre.

 

Les débuts du genre romanesque

Le mot roman désigne peu à peu un récit d’imagination en vers, écrit en langue romane. C’est ainsi qu’à partir du XIIe siècle, les premiers romans français adaptent des œuvres de l’Antiquité, comme le Roman d’Alexandre, qui raconte la vie de l’empereur Alexandre en vers de douze syllabes, qu’on appelle depuis des « alexandrins ». Ces romans réduisent l’importance de la mythologie pour faire appel au merveilleux et donner une place considérable à l’amour. A la même époque, cependant, des romanciers s’inspirent des légendes celtiques qui mettent en scène le roi Arthur et les chevaliers de la Table ronde, comme le Roman de Brut de Robert Wace. Très vite, le monde des chevaliers devient le cadre privilégié des romans médiévaux.

 

Un romancier de génie : Chrétien de Troyes

Les cinq romans de Chrétien de Troyes, tous écrits en octosyllabes, donnent à l’amour et à l’aventure une place privilégiée. Le roman raconte le destin d’un personnage engagé dans une aventure unique à travers laquelle il découvre sa personnalité, tout en affrontant le monde des autres. Roman d’initiation, roman d’aventures, roman d’amour : Chrétien de Troyes s’impose comme le véritable inventeur du genre romanesque. Il donne une dimension psychologique à ses personnages, souvent confrontés à des situations réalistes, à travers lesquelles le romancier dresse un tableau de son époque.

 

Le premier roman en prose

L’influence de Chrétien de Troyes est considérable. C’est ainsi qu’au début du XIIIe siècle, des auteurs anonymes poursuivent le Conte du Graal, que Chrétien avait laissé inachevé. On y retrouve les personnages de la cour du roi Arthur, et particulièrement Lancelot, à qui un cycle romanesque est consacré. Mais ces œuvres sont à présent écrites en prose, ce qui convient mieux au récit et à la narration. Les caractéristiques du roman sont désormais réunies : une œuvre de fiction en prose qui raconte les aventures d’un personnage hors du commun, dans lequel les sentiments, en particulier l’amour, jouent un rôle considérable. Le roman moderne est né.

 

Le dynamisme du genre romanesque

Le roman de chevalerie triomphe à partir du XIIe siècle. On considère alors comme « romanesques » les récits qui mêlent l’aventure et le sentiment amoureux. Jusqu’au XVIIe siècle, le roman historique, le roman précieux et le roman d’analyse font écho à cette conception, tandis que de nombreux auteurs, de François Rabelais à Charles Sorel, développent une représentation réaliste du monde. Le roman se renouvelle sans cesse. Au XVIIIe siècle, le roman picaresque, l’autobiographie imaginaire, le roman par lettres, le conte philosophique, le roman exotique témoignent de son succès toujours croissant. Le XIXe siècle voit le triomphe du genre romanesque, qui croise tous les registres, prend toutes les formes et gagne de plus en plus de lecteurs. Au XXe siècle, explorant les rapports de l’homme avec le monde, s’adaptant à l’évolution des mentalités, il est considéré comme le genre littéraire dominant.

 


Source : Français Littérature, Classes des lycées, éditions Nathan (2003)

Publié dans Français

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